Analyse | Justin Trudeau au sommet européen sur l’Ukraine pour éviter de se retrouver isolé
LONDRES – L’Europe s’organise pour trouver une façon de soutenir l’Ukraine sans l’appui des États-Unis alors que le Canada veut éviter de se retrouver isolé sur le continent nord-américain. Le comportement agressif de Donald Trump dans le bureau ovale cette semaine visait directement son homologue Volodymyr Zelensky. Toutefois, l’avertissement qui provient ainsi de la Maison-Blanche se rend au-delà des frontières ukrainiennes. Il atteint la classe politique mondiale et passe aussi par Ottawa. La saute d’humeur publique de Donald Trump cristallise le fait que Sous la gouverne du président Trump, les États-Unis ne sont plus intéressés à faire la promotion d’institutions internationales et multilatérales comme l’ONU ou l’OTAN, indique Ian Bremmer. Ils ne sont pas intéressés non plus à défendre le libre-échange encadré par des règles ou même la démocratie dans le monde. Ian Bremmer, PDG du groupe de réflexion Eurasia Photo : Associated Press / Eric Risberg Les autres pays, dit-il, surtout leur voisin canadien, sont forcés de trouver une façon de s’adapter à ce changement à portée générationnelle. L’esclandre dans le bureau ovale envoie plusieurs avertissements au gouvernement canadien. Il y a d'abord un avertissement immédiat puisque le Canada essaie d’éviter l’imposition de tarifs douaniers de 25 % par les États-Unis dès cette semaine. Et il y a aussi un avertissement pour l’avenir : Donald Trump est accusé par ses adversaires démocrates de prendre parti pour l’envahisseur russe dans la guerre en Ukraine. Au même moment, il continue de tenir des propos belliqueux envers le Canada avec ses menaces répétées de transformer ce pays souverain en 51e État américain. John F. Kennedy avait parlé du Canada comme d’un ami, un allié, un partenaire et un voisin. Force est de constater que seule la dernière désignation fait partie du vocabulaire de Donald Trump. C’est donc dans ce contexte tendu que Justin Trudeau participe au sommet européen spécial sur l’Ukraine. C'est une façon pour le Canada de démontrer sa solidarité et son appui à la nation ukrainienne envahie par son voisin. Même si cela risque de déplaire à Donald Trump. En soi, cela devient un message du Canada à ses alliés européens, tout particulièrement au premier ministre britannique, qui a évité de défendre la souveraineté du Canada lors d’un point de presse conjoint avec Donald Trump cette semaine. Il s'agit donc d'un rappel de la part de Justin Trudeau selon lequel la solidarité ne devrait pas être une avenue à sens unique. Devant le positionnement prorusse de Donald Trump, l’Europe sent le besoin d'élaborer une nouvelle stratégie militaire commune, indépendante des États-Unis, pour défendre l’Ukraine. Le sommet de Londres servira à ouvrir les discussions sur la création d’une force de réassurance européenne qui pourrait être déployée en Ukraine pour garantir un éventuel cessez-le-feu si une entente survient entre Moscou et Kiev. La possibilité d'une participation canadienne à ce genre de mission n’a pas encore été décidée. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est arrivé au 10 Downing Street, à Londres, où il a été accueilli par le premier ministre britannique Keir Starmer. Photo : Reuters / Toby Melville Devant le désengagement américain, le sommet servira également à démontrer un soutien collectif indéfectible, militaire et économique, à Kiev, avec des garanties de sécurité et d’aide à la reconstruction. Les dirigeants européens et canadiens tenteront peut-être également de trouver une nouvelle façon de faire passer leur message afin d’essayer de rallier Donald Trump à la cause ukrainienne. Jusqu’à maintenant, le langage utilisé pour justifier la défense de l’Ukraine soulevait les questions de la souveraineté territoriale, de la stabilité de la région, de la sécurité internationale et de la défense des valeurs démocratiques. Ces idéaux constituent la base de la diplomatie internationale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, ce langage semble complètement étranger à l’échelle de valeurs de Donald Trump. Aux États-Unis, certains républicains modérés qui dénoncent les agissements agressifs de Donald Trump envers Volodymyr Zelensky commencent donc à changer leur approche pour convaincre le président américain qu’il devrait prendre le parti de l’Ukraine plutôt que celui de la Russie. Par exemple, l’élu républicain de New York Mike Lawler s’adresse au président Trump et à ses partisans en utilisant un langage que celui-ci comprend. Donald Trump semble s’intéresser à l’Ukraine, surtout pour les ressources en minéraux critiques de ce pays. Le président cherche également à montrer qu’il a réussi à obtenir des concessions de la part de Volodymyr Zelenski en guise de remboursement pour toute l’aide militaire et économique que les États-Unis ont envoyée à l’Ukraine. Les dirigeants mondiaux qui veulent encore essayer de convaincre Donald Trump de se ranger aux côtés de l’Ukraine choisiront peut-être d’ajuster leur stratégie de communication afin de l’adapter plus précisément au nouveau locataire de la Maison-Blanche.les États-Unis sont devenus le principal agent d’instabilité et de risque géopolitique
, comme le soutient l’Américain Ian Bremmer, qui dirige le groupe de pression Eurasia.
Message pour le Canada
L’Europe s’organise

Nouveau vocabulaire pro-Trump?
L’Ukraine veut son indépendance, l’accès au libre marché et le respect des lois. L’Ukraine veut faire partie du monde occidental
, a écrit l’élu américain.Quant à la Russie, elle nous déteste, poursuit-il, et elle déteste nos valeurs. Il faut être clair : les États-Unis sont en faveur de la liberté.
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